Écrire en hiver

Tu auras besoin : de sous-vêtements thermo, d’un pantalon jogging doublé, de pantoufles bien chaudes, fourrées de préférence, et d’au moins deux pulls enfilés l’un sur l’autre. En option, si ça ne suffit pas, tu t’autoriseras à t’enrouler dans une couette comme un burrito. Tu t’habitueras à la laideur de l’ensemble, tu finiras par assumer ou du moins tu le croiras, car en secret, tu pries pour que personne ne te voie comme ça.

Prévoir également : une théière, contenance 1 litre minimum avec une infusion de ton choix, une par demi-journée d’écriture. Café à volonté, si ton estomac supporte. En revanche : interdiction d’aller farfouiller dans le frigo dès que tu bloques sur une phrase. (Toi et moi, on sait que tu le fais quand même.)

Dehors, il pleuvra, il ventera, il neigera, il fera jour tard et nuit tôt,

viendra décembre, les week-ends de l’avent, Noël, Nouvel An,

viendra janvier et sa cohorte de bonnes résolutions,

viendra février, Carnaval, Saint-Valentin et quelques anniversaires,

tout ça tu le remarqueras à peine, parce que ton Œuvre avance.

Tu perdras du muscle, tu prendras du gras, tu deviendras myope face à ton écran d’ordinateur, tu auras mal au dos, à l’épaule, ta nuque se fossilisera, bientôt tu ne pourras plus montrer trois marches sans risquer l’arrêt cardiaque.

Tu guetteras avec angoisse l’arrivée du printemps.

Toutes les bonnes choses ont une fin.

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