Éloge du clou rouillé
Parfois, en labourant la terre de mon jardin, je trouve des clous.
Ils ont perdu leur éclat. Boursoufflés, couverts de cloques, ils perdent des petits bouts d’eux-mêmes comme des lépreux. Ils ont raté leur vocation. Ils étaient nés pour être plantés dans une planche ou un mur. Qui sait par quelle malchance, par quel coup du destin, ils se sont retrouvés enterrés ici ? Bien malin qui pourrait dire s’ils reposent ici depuis un an ou un demi-siècle. Ils ne servent plus à rien, sinon à me faire rêver, moi dans mes bottes de jardinier.
© Emilie Le Garben