Challenge d’écriture

Écrire deux textes contenant les mots suivants : rive, perte, Perse, spectre, pipe, rivet, revêtir, civet, piste, vitre, Vêpres, vis, vite, père, Eve, sève.

Texte 1:

Eve sur la rive, derrière la vitre, suit du regard ce Perse à la pipe, son père, qui rentre des Vêpres.

Eve, coincée entre vis et rivets, montée trop vite en sève, consume sa vie en pure perte, asservie entre cuisine, civet et vaisselle.

Le soleil se lève, le soleil se couche, Eve se vêt et se dévêt, avec la certitude qu’aux côtés de son spectre de père, il n’y a pas de chemin, pas de piste, pas de fuite.

Texte 2 :

Un jour, le père dit à Eve :

« Prends ton manteau. Les érables bourgeonnent, il est temps d’aller prélever la sève.

— Mais Père, protesta cette dernière en regardant par la vitre, il est tard. Le soleil disparait derrière la rive ; je crains de rater les Vêpres. »

Le père alluma sa pipe, ce qui signifiait qu’il valait mieux se taire et partir vite. Eve revêtit le manteau de sa mère, décédée il y a deux ans, qui avait très peu servi. Sentant que la demande de son père était étrange, elle courut à la cuisine emballer un reste de civet dans une gamelle. Ainsi prête, elle ferma la maison et pressa le pas pour rejoindre son père, qui remontait déjà la rue de la Perse.

Au bout du village, le chemin s’enfonçait dans la forêt et devenait une piste sombre, traversée de courants d’air putrides.

« Père, nous nous sommes perdus », dit Eve en pure perte, car son père ne répondit que d’un grognement.

Bientôt, ils arrivèrent dans une clairière. Une grosse lune pâle se levait derrière les branches d’un arbre mort. Frigorifiée, Eve faisait rouler entre ses doigts une vis et un rivet qu’elle avait trouvé dans ses poches.

Le père s’arrêta et scruta la nuit. La jeune fille eut la certitude qu’il attendait quelqu’un.

« Te voilà », fit une voix.

Un spectre s’avança parmi les herbes.

« As-tu ce que je t’ai demandé ? »

Le père hocha la tête et empoigna Eve.

« Elle est à toi », dit-il.

© Emilie le Garben

Précédent
Précédent

La fille qui faisait pleurer les pierres

Suivant
Suivant

Éloge du clou rouillé